Meurtre de Denise Chardigny : scénario intrigant et visage caché

Cold cases de Saône-et-Loire (9/10)

Suite à l’ouverture d’un pôle judiciaire national dédié aux cold cases le 1er mars 2022, Le JSL revient sur les crimes non résolus de Saône-et-Loire. Aujourd’hui, retour sur l’affaire Denise Chardigny. Cette femme de 91 ans a été tuée chez elle le vendredi 12 avril 2019, à Chagny. Crime crapuleux ou homicide au mobile plus complexe qu’il n’y paraît ? Les hypothèses à propos de ce meurtre mystérieux restent ouvertes.

Photo Thomas Juchors

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La rue est plongée dans le silence. La clameur du passage des trains sur les rails avoisinants s’est tue. Dans la fraîcheur de cette fin de journée d’avril, piétons et véhicules ne s’aventurent qu’avec parcimonie sur les pavés de la rue du Stand.

Le soleil s’est couché il y a plus d’une heure lorsqu’une rumeur s’élève. Des véhicules de gendarmerie déboulent sur cette voie resserrée de Chagny. Il est plus de 20 h 30. L’attention se porte sur un immeuble. N°12.

La gendarmerie dans la rue du Stand. Image JSL

La gendarmerie dans la rue du Stand. Image JSL

Trois portes consécutives sont franchies. Aucune n’est verrouillée. La dernière est vitrée. Il s’agit de l’entrée de l’appartement loué par Denise Chardigny, situé au rez-de-chaussée et donnant directement sur l’extérieur. Derrière celle-ci, le corps de cette femme discrète de 91 ans gît au sol, sans vie, ensanglanté.

L'immeuble où vivait Denise Chardigny. Son appartement est le dernier au rez-de-chaussée, deuxième porte au fond, ici volet de la fenêtre fermé. Image JSL

L'immeuble où vivait Denise Chardigny. Son appartement est le dernier au rez-de-chaussée, deuxième porte au fond, ici volet de la fenêtre fermé. Image JSL

Le point de départ d’un mystère insoluble pour les gendarmes. Plusieurs coups ont été portés au crâne, tandis que la carte bleue de la victime a disparu. Il n’y a en revanche pas eu d’effraction du domicile ni d’agression sexuelle. On déduit par ailleurs que la vieille dame a été tuée en milieu de journée, en plein jour.

Cinq ans plus tard, l’enquête menée par la section de recherches de Dijon « est toujours en cours », selon les mots de Patrice Guigon, procureur de la République du tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône. Et le mobile du crime crapuleux, sans qu’il ne semble complètement convaincre, est l’hypothèse numéro une.

Patrice Guigon, procureur de la République du tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône. Photo Richard Montavon

Patrice Guigon, procureur de la République du tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône. Photo Richard Montavon

Toutefois, impuissance et indifférence s’entrelacent dans ce dossier. Puisque d’une part nombre de questions restent sans réponses, alors que l’arme du crime n’a pas été retrouvée, que les relevés scientifiques et téléphoniques n’ont rien donné et qu’il n’existe aucun témoin.

Et parce que d’autre part personne ne s’est constitué partie civile dans cette affaire. Cette femme âgée se trouvait relativement isolée du reste de la société. Ses relations semblaient se limiter à la sphère religieuse et aux oreilles consentant à l’écouter. Elle ne recevait quasiment pas de visites, n’avait que peu de contacts avec l’extérieur et avait coupé les ponts avec sa famille depuis des années.

Une photo d'identité de Denise Chardigny, qui date de plus de dix ans avant le meurtre. Photo DR

Une photo d'identité de Denise Chardigny, qui date de plus de dix ans avant le meurtre. Photo DR

Denise Chardigny, Lesure de son nom de jeune fille, paraissait chercher la compagnie autant que la rejeter. Tantôt discrète, tantôt bavarde. Tantôt prudente, tantôt insouciante. Elle ne manquait pas d’argent mais vivait de peu. De quoi rendre son profil difficile à cerner et jeter le doute sur celui de son meurtrier. A-t-il saisi une opportunité ou la connaissait-il ?

À l'intérieur de l'église Saint-Martin à Chagny, où se rendait régulièrement Denise Chardigny-Lesure. Photo Thomas Juchors

À l'intérieur de l'église Saint-Martin à Chagny, où se rendait régulièrement Denise Chardigny-Lesure. Photo Thomas Juchors

À l'intérieur de l'église Saint-Martin à Chagny, où se rendait régulièrement Denise Chardigny-Lesure. Photo Thomas Juchors

À l'intérieur de l'église Saint-Martin à Chagny, où se rendait régulièrement Denise Chardigny-Lesure. Photo Thomas Juchors

Une femme discrète et isolée qui pouvait se faire bavarde

Baskets New Balance aux pieds, canne anglaise à la main, Denise Chardigny pouvait être facilement reconnaissable. Et la vieille dame, clopinant mais en bonne santé, arpentait régulièrement les rues de Chagny. Elle allait acheter son journal le matin, faire ses courses ou se rendait à l’église Saint-Martin entre autres.

Carte Marc Liger

Carte Marc Liger

Pourtant, elle était relativement inconnue dans cette petite ville d’à peine 5500 habitants, où elle vivait seule. Même ses voisins peuvent difficilement en parler. « On se disait seulement bonjour quand on se croisait », déclarent plusieurs d’entre eux. « Elle semblait gentille, polie. On a parfois échangé quelques mots de manière banale, mais rien de plus », se souvient un autre. Tandis que certains ne l’avaient jamais remarquée.

Cette image de vidéosurveillance, fournie par la gendarmerie qui a lancé un appel à témoins en janvier 2020, est la plus récente dont on dispose de Denise Chardigny. Photo fournie par la gendarmerie

Cette image de vidéosurveillance, fournie par la gendarmerie qui a lancé un appel à témoins en janvier 2020, est la plus récente dont on dispose de Denise Chardigny. Photo fournie par la gendarmerie

Et pour cause, la solitaire Denise ne s’était installée dans le nord de la Saône-et-Loire qu’en septembre 2018, soit sept mois avant le meurtre, arrivant du sud du pays.

Inconnue de la plupart des Chagnotins peut-être, mais pas complètement du reste de la Saône-et-Loire. Si elle n’est pas originaire de la région, étant née sous le nom de Lesure à Saint-Imoges près de Reims, son parcours l’avait menée auparavant dans le Mâconnais, par l’intermédiaire d’un mariage tardif avec un homme veuf et père de deux enfants. Ancienne sage-femme et anesthésiste, c’est d’ailleurs à la maternité de Mâcon qu’elle avait terminé sa carrière.

Et c’est aussi dans cette ville que cette femme quelque peu insaisissable avait fait connaissance avec Pierre Dessendre, qu’elle retrouvera plus tard à Chagny. Ce dernier exerçait alors comme curé à la paroisse mâconnaise Saint-Pierre-Saint-Vincent. « C’est à l’occasion des obsèques de son mari à Mâcon en 1993 que j’ai connu Denise Chardigny. C’est parce qu’elle me connaissait qu’elle est venue à Chagny », retrace le prêtre qui a officié dans la cité chagnotine de 2013 à 2020 avant de prendre sa retraite.

Ce retour en Saône-et-Loire en septembre 2018 de Denise Chardigny, ses enfants adoptifs n’en avaient a priori pas eu connaissance. Cette catholique pratiquante et les deux héritiers de son défunt mari avaient vraisemblablement coupé le contact de manière mutuelle. « Je suis seule sans famille proche », soulignait Denise dans une de ses lettres peu avant le drame. Elle qui n’a pas eu elle-même d’enfants était ainsi venue trouver, auprès du père Dessendre et des fidèles de l’église à Chagny, un peu de compagnie.

« Les relations qu’elle avait étaient plutôt avec les gens de son âge, met en avant le père Jean-Pierre Forêt, curé de la paroisse de Saint-Martin des Trois Croix de Chagny depuis 2013. Elle assistait aux messes et venait à l’église, toujours seule. Elle ne parlait jamais de sa famille. »

Les curés Jean-Pierre Forêt et Pierre Dessendre ont tous les deux côtoyé la victime lors de son court passage à Chagny. Image JSL

Les curés Jean-Pierre Forêt et Pierre Dessendre ont tous les deux côtoyé la victime lors de son court passage à Chagny. Image JSL

La vieille dame aidait aussi ponctuellement la paroisse. Le matin de sa mort, elle venait justement de commander des fleurs afin de constituer des bouquets pour la messe des rameaux prévue le dimanche, chose qu’elle n’a jamais pu faire. « Elle aimait faire ses propres compositions, se souvient la commerçante chez qui la commande avait été passée. C’était une dame gentille qui avait son petit caractère, elle savait ce qu’elle voulait. Elle venait toujours seule et parlait surtout des fleurs, des bouquets, des compositions... »

Denise Chardigny-Lesure devait marcher seulement quelques minutes pour se rendre à l'église Saint-Martin. Photo Thomas Juchors

Denise Chardigny-Lesure devait marcher seulement quelques minutes pour se rendre à l'église Saint-Martin. Photo Thomas Juchors

Une vie somme toute paisible que Denise Chardigny a pourtant chamboulé de son plein gré deux mois avant ce triste vendredi 12 avril, dans une éternelle fuite de l’isolement.

En février 2019, la discrète nonagénaire a en effet quitté temporairement son appartement chagnotin, durant un mois, afin de vivre à Chalon-sur-Saône dans un foyer pour seniors. « À cause de mon âge et de ma solitude », indiquait-elle dans une lettre à son agence immobilière. « Elle a beaucoup bougé, elle avait du mal à trouver sa place, souligne à ce propos Pierre Dessendre. Avant de venir à Chagny, elle avait été dans une maison de retraite du sud de la France mais n’y était restée qu’une semaine... »

Si Denise Chardigny n’avait pas été rebutée par le tarif pratiqué par cette résidence chalonnaise, en passant d’un loyer de 370 € à Chagny à un loyer de 1361 €, elle ne s’y est, pour diverses raisons, jamais sentie à son aise. « Elle était autonome, faisait des promenades, lisait son journal, mais elle ne participait pas du tout aux activités proposées. Elle n’était pas intéressée et restait souvent seule », décrit une employée de cette résidence senior.

« Elle venait souvent à l’agence et pouvait rester un long moment à nous parler. »
Une agente immobilière

Des observations qui laissent entrevoir quelques contradictions dans sa personnalité. Car a contrario, elle pouvait d’autres fois se montrer volubile lorsqu’elle trouvait une oreille attentive. « Elle venait souvent à l’agence et pouvait rester un long moment à nous parler. Parfois, on était gentiment obligé de couper court », relate notamment une agente immobilière.

D’ailleurs, au gré de ses bavardages, la vieille dame, qui touchait une retraite de près de 2300 € par mois, se laissait parfois aller à souligner à quel point - et peut-être imprudemment - elle ne manquait pas d’argent...

Il n’y avait plus qu’à entrer

N° 12 de la rue du Stand, cinq ans après le meurtre. La porte d’entrée de l’immeuble n’est toujours pas verrouillée. De l’aveu des locataires, « elle ne l’a jamais été ». Le lieu est modeste. Et contrairement aux apparences, ouvert à tous les vents.

Au n°12 de la rue du Stand. Photo Thomas Juchors

Au n°12 de la rue du Stand. Photo Thomas Juchors

Le 12 avril 2019, le meurtrier a ainsi la voie dégagée pour atteindre la fragile Denise Chardigny. Seulement lui faut-il, à moins que le hasard ne guide totalement ses pas, avoir repéré ou su tout cela en amont. Deux options s’offrent à lui.

La porte d'entrée du n°12 de la rue du Stand n'a jamais été verrouillée. Photo Thomas Juchors

La porte d'entrée du n°12 de la rue du Stand n'a jamais été verrouillée. Photo Thomas Juchors

La première : l’entrée principale jamais verrouillée. Elle mène via un exigu couloir à une autre porte, qui n’a jamais été fermée à clef non plus et qui donne accès à la cour intérieure et donc à l’entrée de l’appartement de la nonagénaire.

Le couloir menant à la cour intérieure. Image JSL

Le couloir menant à la cour intérieure. Image JSL

La deuxième option : l’accès arrière. Plus discret, il n’est quant à lui obstrué que par un petit muret de bric et de broc, aisément franchissable pour une personne dans une bonne forme physique.

L'accès arrière, avec vue sur la résidence où logeait Denise Chardigny. Photo Thomas Juchors

L'accès arrière, avec vue sur la résidence où logeait Denise Chardigny. Photo Thomas Juchors

Et il donne sur la ruelle du Gourdier, qui rejoint la rue du Stand.

L'accès arrière de la résidence où vivait Denise Chardigny, qui donne sur la ruelle du Gourdier. Photo Thomas Juchors

L'accès arrière de la résidence où vivait Denise Chardigny, qui donne sur la ruelle du Gourdier. Photo Thomas Juchors

Bémol, dans les deux éventualités, pour accéder au logement de Denise Chardigny, il faut obligatoirement traverser une cour intérieure à la vue de tous les voisins, soit une poignée de personnes.

Chose que l’agresseur a fait en plein jour, bien que le corps n’ait été trouvé qu’en début de soirée. « Elle devait venir chercher les fleurs qu’elle avait commandées en début d’après-midi et elle était toujours très ponctuelle, informe la fleuriste. D’ailleurs, comme je ne la voyais pas arriver, je l’ai appelée vers 17 h, mais je n’ai eu aucune réponse... » Avant cela, Denise était passée à la paroisse vers midi, « avant de rentrer chez elle », comme l’indique l’ancien curé Pierre Dessendre. Elle a donc sans doute été tuée à l’heure de la pause déjeuner, au moment où les voisins avaient de bonnes chances de se trouver chez eux.

L'appartement se situe au rez-de-chaussée (première porte à gauche). Il donne sur une cour intérieure peu entretenue, où l'herbe pousse à sa guise, et non éclairée la nuit. Image JSL

L'appartement se situe au rez-de-chaussée (première porte à gauche). Il donne sur une cour intérieure peu entretenue, où l'herbe pousse à sa guise, et non éclairée la nuit. Image JSL

Il n’y a pourtant eu aucun témoin. Le meurtre s’est déroulé à l’insu de tous les regards, dans l’appartement à une seule fenêtre de la nonagénaire. Dont la porte d’entrée, la dernière à franchir, n’était pas fermée à clef, selon l’habitude de la vieille dame. « Le lieu n’était pas fermé », a d’ailleurs confirmé peu après les faits Damien Sarvazeix, alors procureur du tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône. « Elle ne s’enfermait jamais chez elle », corrobore Pierre Dessendre.

Une habitude malavisée ? À 91 ans, l’ancienne soignante s’avérait pourtant plus méfiante qu’il n’y paraît. Dans une lettre à l’agence immobilière via laquelle elle louait le logement, elle avait justement fait savoir qu’elle avait fait changer la serrure de sa porte. « Il ne faut pas être pessimiste mais il vaut mieux prévoir l’imprévu », se justifiait-elle dans une de ses lettres.

« Dans la rue, il y a des locataires de passage, parfois un peu louches. »
Un habitant de la rue du Stand

Avait-elle des raisons de s’inquiéter ? Denise Chardigny ne s’était plainte que du comportement d’un voisin de son immeuble. Quant à cette petite ville de Chagny, elle s’avère globalement calme, le quartier également. Celui-ci est néanmoins logé près de la gare, du centre-ville, de l’église et d’un camping - autant de lieux de passage - et voit sa population changer régulièrement. « Il y a beaucoup d’appartements en location dans la rue et donc pas mal de turnover parmi les locataires. Donc il y a des locataires de passage, parfois un peu louches », souligne-t-on dans le voisinage.

La rue du Stand est située dans le plus vieux quartier de Chagny, accolé au centre-ville. Photo Thomas Juchors

La rue du Stand est située dans le plus vieux quartier de Chagny, accolé au centre-ville. Photo Thomas Juchors

Denise aussi ne comptait pas s’y éterniser. Après son bref passage dans la résidence senior de Chalon-sur-Saône et son retour rue du Stand, son projet était dès lors d’attendre une ou deux années avant d’éventuellement rejoindre - « selon mon état » disait-elle - un Ehpad de la ville. La mort la trouvera avant.

Le crime crapuleux : l’hypothèse numéro une

Des coups violents à l’origine de la mort et une carte bleue disparue. Voilà donc tout ce qui se détache de la scène de crime. Quant à la nature de l’arme du crime, elle reste inconnue, alors qu’elle a été recherchée en vain dans les poubelles, bosquets, bacs à fleurs des alentours ou encore dans la Dheune, la petite rivière qui passe tout près.

La Dheune, ici traversée par le pont ferroviaire, se trouve à quelques mètres de la rue du Stand. Photo Thomas Juchors

La Dheune, ici traversée par le pont ferroviaire, se trouve à quelques mètres de la rue du Stand. Photo Thomas Juchors

De l’extérieur, l’enquête paraît tout simplement se heurter à un mur. Alors que la famille adoptive et l’entourage de la nonagénaire ont été interrogés à plusieurs reprises, le mobile du crime crapuleux paraît être le plus probable. Parce que quelqu’un a tenté sans succès de retirer avec la carte bleue de la nonagénaire et parce que le vol au domicile d’une personne âgée sans effraction, s’il aboutit rarement au meurtre, n’est pas chose rare.

« On nous a demandé si c’était bien nous que l’on voyait sur les images de vidéosurveillance et ce qu’on faisait ce soir-là. »
Un homme auditionné dans le cadre de l'enquête

Les enquêteurs ont ainsi ciblé les personnes ayant effectué un retrait bancaire lors de la fin de journée du 12 avril au distributeur LCL de la rue de Beaune, à Chagny, où la tentative infructueuse a été repérée. « On nous a demandé si c’était bien nous que l’on voyait sur les images de vidéosurveillance et ce qu’on faisait ce soir-là, relate un homme qui vivait dans une commune voisine de Chagny et répondait justement aux critères. Moi j’avais juste retiré pour partir ensuite en soirée avec des amis. »

L'agence LCL de Chagny était située rue de Beaune. Elle est aujourd'hui fermée. Photo Thomas Juchors

L'agence LCL de Chagny était située rue de Beaune. Elle est aujourd'hui fermée. Photo Thomas Juchors

Si plusieurs personnes ont été convoquées durant une journée pour être auditionnées comme lui à la gendarmerie de Chagny, de ces investigations ne ressort vraisemblablement qu’un doute. La caméra de l’agence bancaire a filmé un individu vêtu de noir, le visage dissimulé et essayant de retirer de l’argent. Et il n’a jamais pu être confondu.

Carte Marc Liger

Carte Marc Liger

L’hypothèse du crime crapuleux se voit également renforcée par le fait que le vol d’une personne âgée à son domicile s’avère être un délit assez fréquent. Et nombre de ces vols se font sans effraction. Ce fut le cas à plusieurs reprises récemment dans la région, notamment par ruse. En 2023, trois hommes se faisant passer pour de faux gendarmes, agents Veolia ou pompiers avaient par exemple été arrêtés pour de multiples vols avec violence à l’encontre de personnes âgées, commis principalement en Bourgogne Franche-Comté.

Archives Le Bien Public

Archives Le Bien Public

Autre exemple près de Chagny, à Oslon. En août 2019, une octogénaire s’était trouvée nez à nez avec quatre individus dans sa maison, sans doute entrés par la porte du sous-sol ouverte, qui lui ont dérobé son sac à main en la bousculant.

Que le vol débouche sur un meurtre est en revanche bien plus rare. Ce fut tout de même le cas en 2016, à Replonges, près de Mâcon. Andrée Bonnetain, 81 ans, avait été rouée de coups lors d’un cambriolage à son domicile, avant de décéder de ses blessures deux mois plus tard à l’hôpital.

La porte d'entrée de l'appartement de Denise Chardigny. Image JSL

La porte d'entrée de l'appartement de Denise Chardigny. Image JSL

Reste que, dans le cas de Denise Chardigny, d’autres scénarios ont été étudiés. D’autant que la résidence où la nonagénaire vivait, si elle était peu sécurisée et facile d’accès, s’avérait modeste et offrait peu de perspectives en termes de butin. Et la vieille dame, si elle ne manquait pas d’argent, vivait de peu.

Et puisqu’elle a été frappée à l’arrière du crâne, ce qui signifie qu’elle devait donc tourner le dos à son assaillant, cela dessine trois situations possibles. Alors que sa porte était ouverte, la nonagénaire a ainsi pu être surprise par le meurtrier sans l’avoir vu arriver. Elle a aussi pu le faire entrer, parce qu’elle a fait aveuglément confiance à un inconnu ou parce qu’elle connaissait le meurtrier.

L'entrée de l'immeuble au N° 12 rue du Stand. Image JSL

L'entrée de l'immeuble au N° 12 rue du Stand. Image JSL